Humanisme de progrès : l’horizon du projet

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Une République ne se refonde pas seulement pour mieux fonctionner. Des institutions plus lisibles, un État capable d’agir, une souveraineté effectivement exercée ou des responsabilités politiques mieux définies n’ont de valeur que par ce qu’elles permettent d’accomplir.

La puissance publique n’est donc pas une fin en soi. Elle doit servir une certaine conception de la personne humaine, de la société et de l’avenir.

Le projet de Renouveau National Républicain donne à cette orientation un nom : l’humanisme de progrès.

Cette expression associe deux convictions. La première est humaniste : la personne humaine demeure la finalité de l’ordre politique. L’État, l’économie, les institutions et la technique sont des instruments dont la valeur doit être appréciée à partir de ce qu’ils permettent aux êtres humains de devenir et d’accomplir.

La seconde est une conviction de progrès : l’avenir ne doit pas être considéré comme une réalité qu’il faudrait seulement subir, administrer ou contenir. Une communauté politique doit chercher à transmettre davantage de connaissances, à développer de nouvelles capacités et à améliorer les conditions dans lesquelles les générations futures pourront à leur tour exercer leur liberté.

L’humanisme de progrès ne constitue donc pas un programme sectoriel. Il est l’horizon politique dans lequel les différents choix démocratiques doivent pouvoir se déployer. La Constitution peut en affirmer le principe ; elle ne saurait en déterminer à l’avance toutes les conséquences.

Le progrès comme choix, non comme loi de l’histoire

Le mot « progrès » doit d’abord être débarrassé d’une ambiguïté.

Rien ne garantit que l’histoire conduise spontanément les sociétés vers davantage de liberté, de connaissance ou de prospérité. Des savoir-faire peuvent disparaître, des institutions se dégrader, des libertés reculer et une innovation technique résoudre un problème tout en en créant de nouveaux.

Le progrès n’est donc ni automatique ni irréversible.

Il constitue une ambition politique : créer consciemment les conditions permettant aux capacités humaines de se développer. Une société progresse lorsqu’elle permet à davantage de personnes de comprendre le monde, de développer leurs facultés et de disposer de possibilités dont les générations précédentes ne bénéficiaient pas.

Cette conception interdit d’assimiler toute nouveauté au progrès. Une technologie nouvelle, une augmentation de la production ou une transformation sociale ne deviennent pas souhaitables par leur seule nouveauté. Elles doivent être appréciées au regard de leurs effets sur les personnes et sur les conditions de leur liberté future.

L’adjectif « humain » est donc inséparable du mot « progrès ». L’accroissement des capacités techniques ou économiques n’a de sens politique que s’il demeure ordonné à une finalité qui le dépasse.

La personne humaine comme finalité

L’humanisme de progrès établit ainsi une hiérarchie entre les fins et les moyens.

L’économie est indispensable à la prospérité et à l’autonomie d’une société, mais elle ne constitue pas à elle seule sa finalité. La technologie accroît les possibilités de l’action humaine sans déterminer ce qu’il est souhaitable d’en faire. L’État rend possible l’action collective, mais sa puissance ne saurait justifier sa propre extension indépendamment des fins qu’elle sert.

Placer la personne humaine au centre de l’ordre politique ne signifie pas pour autant que tout désir individuel doive prévaloir sur le bien commun. Toute société organise des solidarités, protège des biens collectifs et impose des règles communes.

L’humanisme signifie plutôt que les institutions ne peuvent considérer les individus comme de simples variables au service de leur propre fonctionnement.

Les personnes n’existent pas pour l’État ; l’État existe pour permettre à une communauté de personnes libres de vivre, d’agir et de transmettre.

Cette conception refuse aussi bien l’individualisme qui rendrait toute action collective illégitime que l’étatisme qui ferait de la puissance publique une valeur autonome. Elle cherche à penser ensemble l’émancipation individuelle et les conditions collectives qui la rendent possible.

Refuser le renoncement comme principe politique

Le progrès ne signifie pas que toute limite doive être combattue.

Une ressource peut être rare, une technique dangereuse, une activité insoutenable ou une pratique devenue incompatible avec les conséquences qu’elle produit. Une société peut rationnellement décider de la transformer ou d’y renoncer.

Ce que l’humanisme de progrès refuse est différent : faire du rétrécissement permanent des possibilités humaines un horizon politique en lui-même.

Une contrainte devrait d’abord susciter une recherche sur les moyens de la dépasser, de la réduire ou de s’y adapter autrement. Une difficulté énergétique peut appeler de nouvelles capacités ; une contrainte environnementale peut conduire à transformer les modes de production ; une dépendance technologique peut justifier la reconstruction de compétences permettant de retrouver une liberté de choix.

Cela ne signifie pas que toute difficulté possède une solution technique. Il existe des limites réelles et des arbitrages inévitables.

Mais une société doit conserver une présomption en faveur de l’intelligence, de la recherche et de l’invention plutôt que de transformer trop rapidement l’impuissance présente en norme définitive de l’avenir.

L’humanisme de progrès repose ainsi sur une confiance raisonnée : non dans l’idée que l’humanité résoudra nécessairement tous ses problèmes, mais dans celle que chercher à accroître ses possibilités demeure préférable à organiser par principe leur diminution.

La connaissance comme condition de l’émancipation

Cette ambition donne au savoir une place particulière.

La connaissance n’est pas seulement une ressource économique ou stratégique. Elle élargit directement la liberté humaine. Comprendre davantage permet de former son jugement, de moins dépendre de ce que l’on ignore et de participer plus pleinement aux décisions qui concernent sa propre existence.

C’est pourquoi l’instruction et la culture occupent une place essentielle dans l’humanisme de progrès. Elles ne peuvent être réduites à l’adaptation aux besoins immédiats de l’économie. Elles participent à la formation d’individus capables de penser, de créer, de transmettre et d’exercer leur autonomie.

La recherche répond à une logique comparable. Elle peut produire des innovations décisives, mais sa valeur ne se réduit pas à ses applications immédiatement rentables. Une société qui renonce à accroître ce qu’elle sait réduit progressivement le domaine de ce qu’elle pourra elle-même concevoir et choisir.

Cette affirmation n’impose aucune politique particulière de l’école, de l’université ou de la recherche. Elle établit une priorité doctrinale :

Une République tournée vers le progrès considère le développement et la transmission des connaissances comme l’une des conditions fondamentales de la liberté humaine.

Les politiques permettant de poursuivre cette ambition doivent rester ouvertes au débat démocratique et évoluer avec les circonstances.

Le progrès ne se réduit pas à la technique

Une conception humaniste du progrès exige de distinguer ce qui devient possible de ce qui devient souhaitable.

Une innovation technique accroît le domaine de l’action. Elle ne fournit pas à elle seule le critère permettant de décider comment cette capacité doit être employée.

Cette distinction devient particulièrement importante lorsque de nouvelles technologies modifient profondément la vie sociale, l’économie, la santé, la sécurité ou les libertés. La fascination pour l’innovation peut faire de toute possibilité nouvelle une évolution réputée nécessaire ; sa peur peut, inversement, conduire à renoncer à maîtriser des transformations qui se produiront néanmoins ailleurs.

L’humanisme de progrès refuse ces deux automatismes.

Une société doit chercher à participer aux transformations scientifiques et techniques précisément pour conserver la faculté de les comprendre et de les orienter. Il est difficile de maîtriser une technologie que l’on ne comprend plus, comme d’en fixer les usages lorsque l’on dépend entièrement de ceux qui la produisent.

L’innovation doit donc demeurer subordonnée à une interrogation politique :

Qu’est-ce que cette nouvelle capacité permet à l’être humain, et quelles limites deviennent nécessaires pour qu’elle demeure compatible avec sa liberté et sa dignité ?

Cette interrogation n’est pas un frein au progrès. Elle en est une condition.

Progresser sans compromettre l’avenir

L’humanisme de progrès impose également de sortir d’une conception opposant systématiquement l’homme et la nature.

Les sociétés humaines appartiennent au monde matériel qu’elles transforment. Leur prospérité dépend d’écosystèmes, de ressources et de conditions physiques dont la dégradation peut réduire directement les possibilités offertes aux générations présentes et futures.

La protection de l’environnement n’est donc pas étrangère à un projet humaniste. Elle en découle.

Mais elle ne suppose pas de considérer toute transformation humaine de la nature comme intrinsèquement négative. L’histoire des sociétés repose précisément sur leur capacité à construire, produire, cultiver et inventer.

La question pertinente est celle des conséquences de ces transformations.

Une conception humaniste du progrès cherche à améliorer les conditions de l’existence présente sans détruire les possibilités dont dépendra celle de ceux qui nous suivront. Elle introduit une responsabilité envers l’avenir qui ne repose ni sur la sanctuarisation d’un monde immobile ni sur la certitude que l’innovation réparera toujours ce qui aura été détruit.

Cette exigence ne fournit pas une politique environnementale prête à l’emploi. Elle offre un critère à partir duquel plusieurs politiques démocratiquement concurrentes peuvent être discutées.

Un progrès qui doit pouvoir être partagé

L’accroissement des capacités collectives ne suffit pas si une partie importante de la population demeure incapable d’en bénéficier ou d’y participer.

Une société peut devenir technologiquement plus avancée et économiquement plus riche tout en laissant se perdre une part importante des facultés de ses membres. Une intelligence privée d’instruction, un talent empêché de se développer ou une vocation abandonnée faute de moyens constituent à la fois une perte individuelle et collective.

L’égalité des chances prend ici une signification particulière. Elle ne signifie pas l’égalité des résultats, mais la volonté d’éviter que certaines circonstances sociales ou matérielles condamnent durablement des capacités qui auraient pu se développer.

Le progrès devient véritablement politique lorsqu’il élargit le domaine des possibilités humaines sans réserver leur bénéfice à ceux qui disposent déjà des moyens d’y accéder.

L’humanisme de progrès ne promet donc pas l’égalité des destins. Il cherche à réduire la part de potentiel humain qu’une société laisse inutilement disparaître.

Le cadre national et l’horizon universel

L’association entre un projet national et une finalité humaniste n’implique pas que l’attachement à une communauté particulière entraîne l’indifférence aux autres.

La Nation constitue le cadre politique dans lequel une communauté peut effectivement délibérer, décider et organiser une action collective durable. Elle ne constitue pas la limite morale de ce qu’elle peut considérer comme souhaitable.

Une découverte scientifique effectuée en France peut augmenter la connaissance humaine au-delà de la France. Une création culturelle peut devenir universelle précisément parce qu’elle est issue d’une histoire particulière. Une innovation médicale ou technique peut bénéficier à des personnes qui n’appartiennent pas à la communauté qui l’a rendue possible.

Il n’est donc pas nécessaire d’opposer contribution nationale et progrès de l’humanité.

Participer à quelque chose d’universel ne suppose pas de renoncer à l’échelle politique particulière à partir de laquelle cette contribution devient possible.

L’humanisme de progrès inscrit ainsi le projet national dans une perspective qui le dépasse sans l’abolir.

Une finalité constitutionnelle, non un programme constitutionnalisé

La Constitution ne peut décréter le progrès.

Elle peut protéger des libertés, organiser les pouvoirs et consacrer certains principes fondamentaux. Elle peut aussi créer des conditions institutionnelles favorables à des politiques de longue durée. Elle ne peut produire par elle-même davantage de connaissances, améliorer l’école, inventer une technologie ou déterminer quelle politique économique conduira à la prospérité.

L’humanisme de progrès doit donc conserver dans l’ordre constitutionnel un niveau élevé de généralité.

Il constitue une orientation du pacte républicain, non la constitutionnalisation d’un programme sectoriel. Deux gouvernements peuvent partager cette finalité tout en défendant des politiques profondément différentes sur l’éducation, la recherche, l’énergie, l’industrie, la santé ou l’environnement.

Cette finalité constitutionnelle ne constitue pas, par elle-même, un domaine de compétence et n’attribue à aucun pouvoir la direction des politiques qui s’y rattachent. Les compétences demeurent celles que la Constitution distribue expressément entre le Président, le Gouvernement, le Parlement et le pouvoir judiciaire.

Cette possibilité de désaccord n’est pas une faiblesse du principe. Elle découle précisément de son caractère général plutôt que programmatique.

Une Constitution démocratique peut fixer certaines finalités fondamentales sans prétendre prédéterminer les réponses que les générations futures apporteront à des problèmes que nous ne connaissons pas encore.

Elle ne doit pas écrire l’avenir à leur place ; elle doit préserver les conditions qui leur permettront de l’écrire.

Pourquoi exercer la puissance collective ?

L’humanisme de progrès répond enfin à une question différente de celles qui structurent les autres principes du projet.

La souveraineté cherche à préserver la possibilité du choix. L’État fournit les instruments permettant de transformer la décision en action. L’architecture constitutionnelle organise les compétences et les responsabilités. Mais aucune de ces dimensions ne dit encore vers quoi une communauté politique devrait souhaiter orienter les capacités ainsi préservées.

L’humanisme de progrès fournit cet horizon.

Il affirme que la puissance collective ne mérite d’être restaurée ni pour elle-même ni pour le simple prestige de l’État. Elle vaut par sa capacité à permettre aux personnes présentes et futures de disposer de davantage de savoir, de liberté réelle, de possibilités d’accomplissement et de maîtrise sur leur propre avenir.

Le projet ne prétend pas définir une forme finale de société vers laquelle l’histoire devrait nécessairement conduire. Il défend une disposition politique plus fondamentale :

Refuser que l’administration du déclin, de la dépendance ou du renoncement devienne l’horizon naturel de l’action publique lorsqu’il demeure possible de chercher, d’inventer et de construire autrement.

C’est en ce sens que l’humanisme de progrès constitue la finalité générale du projet :

Faire de la puissance collective un instrument du développement humain et considérer l’avenir non comme une fatalité à subir, mais comme un domaine dans lequel l’action politique conserve une responsabilité.

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